Un front syndical inédit se forme contre le projet de budget 2026 de la Sécurité sociale. Médecins généralistes, spécialistes, internes et étudiants appellent à un mouvement de grève majeur à partir du 5 janvier, estimant que le texte menace directement l’avenir de la médecine libérale. Dès décembre, plusieurs actions de contestation doivent poser les bases d’une mobilisation d’ampleur nationale.
Une unité rare : sept syndicats appellent à une mobilisation historique
Mercredi 26 novembre, les sept organisations représentatives des médecins libéraux ont lancé un appel unitaire aux praticiens de tous horizons. MG France, CSMF, FMF, UFML pour les généralistes, Avenir Spé – Le Bloc, SML et UFML pour les spécialistes, rejoints par Jeunes Médecins et Médecins pour demain, invitent l’ensemble de la profession à « se préparer à une grève sans précédent » débutant le 5 janvier.
Le mot d’ordre est clair : reporter dès à présent tous les rendez-vous programmés à partir du 5 janvier, mais aussi soutenir et amplifier les actions déjà engagées dans plusieurs régions. Un premier mouvement est prévu dans le sud-est le 3 décembre, annonçant le début d’une contestation qui pourrait durer.
Un projet de loi accusé de fragiliser la médecine libérale
Pour les syndicats, le projet de budget de la Sécurité sociale 2026 constitue « l’attaque la plus grave depuis 1945 » contre la médecine libérale. Les articles 24 et 26 cristallisent particulièrement les tensions.
Article 24 : la crainte d’une remise en cause des tarifs
Ce point autorise l’Assurance-maladie à modifier unilatéralement certains tarifs médicaux lorsque la rentabilité d’un secteur est jugée excessive. Pour les syndicats, il s’agit d’une suppression déguisée de la négociation conventionnelle, socle historique du dialogue entre l’État et les professions de santé.
Article 26 : une surcotisation qui inquiète les spécialistes
Cet article prévoit une taxation renforcée des dépassements d’honoraires pour les praticiens du secteur 2, ainsi que des revenus du secteur 3. Les organisations y voient une pénalisation ciblée des médecins déjà fragilisés par l’inflation et la surcharge administrative.
Des actions concrètes dès décembre : refus des contrats et gel administratif
En parallèle de la grève du 5 janvier, les syndicats appellent les médecins à une série de mesures visant à perturber le fonctionnement administratif de la santé, afin de peser sur les négociations.
Dès le 3 décembre, ils recommandent de :
- ne plus signer les contrats d’engagement France Santé, censés garantir des rendez-vous sous 48 heures ;
- cesser d’alimenter le Dossier Médical Partagé (DMP), pourtant au cœur de la stratégie numérique de l’Assurance-maladie ;
- exiger systématiquement la validation médicale des arrêts de travail par les services de l’Assurance-maladie.
Ces actions visent à montrer que la médecine libérale reste un maillon indispensable du système de santé, même en dehors des établissements publics.
Une manifestation nationale annoncée pour le 7 janvier
Le point culminant du mouvement aura lieu le 7 janvier, avec une manifestation nationale à Paris réunissant l’ensemble des syndicats représentatifs. Certains, comme Le Bloc, annoncent déjà que des milliers de chirurgiens se mettront en grève du 5 au 19 janvier, allant jusqu’à prévoir de s’exiler à Bruxelles pour éviter les réquisitions.
L’UFML, dès le matin du 26 novembre, avait confirmé sa participation, renforçant encore l’impression d’un front syndical extrêmement soudé. L’objectif des organisations est de faire pression sur le gouvernement avant le vote final du budget et d’obtenir le retrait des articles les plus contestés.
Une mobilisation qui pourrait paralyser l’accès aux soins
La perspective d’une grève massive des médecins libéraux inquiète déjà les patients. Les organisations syndicales assument toutefois la stratégie : selon elles, le projet de budget, s’il est appliqué en l’état, porterait atteinte à la pérennité même du modèle libéral, déjà fragilisé par la démographie médicale et la surcharge administrative.
À l’aube de 2026, la confrontation s’annonce donc inédite, avec un bras de fer qui pourrait profondément marquer le paysage sanitaire français.














