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Eau Perrier en crise : quand l’icône des bulles françaises se heurte aux exigences de la pureté

Production suspendue, mise en demeure administrative, pollution d’un cours d’eau et doutes persistants sur la qualité sanitaire : le site Perrier de Vergèze traverse l’une des périodes les plus sensibles de son histoire. Derrière l’image d’une eau minérale emblématique, les autorités pointent désormais des rejets non conformes et des fragilités structurelles. L’avenir du label « eau minérale naturelle » est en suspens.

Une mise en demeure après des rejets non conformes

Dans le Gard, la commune de Vergèze, berceau historique de Perrier, est aujourd’hui au centre d’un dossier environnemental sensible. À la suite d’une inspection menée par la Direction régionale de l’environnement (Dreal), la préfecture a adressé à l’exploitant un projet de mise en demeure. En cause : des dépassements répétés des seuils réglementaires pour plusieurs paramètres de rejet à la sortie de la station de traitement des eaux industrielles.

Les contrôles ont révélé des niveaux élevés de matières en suspension et une demande chimique en oxygène largement supérieure aux normes autorisées. À ces constats s’ajoutent des concentrations excessives en nitrates, qui n’auraient pas été communiquées aux autorités dans les délais requis. Si l’administration estime qu’aucun dommage irréversible n’est établi à ce stade, elle alerte sur les risques sérieux pour l’écosystème du Vistre en cas de poursuite de l’activité dans ces conditions.


Une pollution liée à la désinfection de l’usine

Cet épisode ne peut être dissocié d’un autre événement majeur survenu récemment : la détection de bactéries, dont Pseudomonas aeruginosa, dans certains forages et sur des lignes de production. Pour endiguer ces contaminations, l’industriel a procédé à une désinfection massive de l’usine à l’acide nitrique.

Or, ce traitement a eu un effet indirect mais déterminant : il a détruit les bactéries indispensables au bon fonctionnement de la station d’épuration, réduisant sa capacité à traiter les effluents avant leur rejet dans le milieu naturel. Le processus censé protéger la qualité sanitaire interne a ainsi contribué à déséquilibrer le système environnemental externe.


Des contaminations récurrentes qui fragilisent le modèle industriel

Selon plusieurs sources proches du dossier, ce type de dépassement n’est pas inédit. Depuis le retrait de dispositifs de filtration non autorisés, les épisodes de contamination microbiologique se multiplient. Pour y faire face, l’usine a intensifié les cycles de nettoyage et mis en place une circulation continue de l’eau afin d’éviter la stagnation, facteur favorable au développement des germes.

Malgré ces mesures, les contaminations persistent, touchant aussi bien les installations que certains lots de bouteilles. Cette répétition interroge la capacité du site à garantir, dans la durée, une qualité conforme aux exigences réglementaires applicables aux eaux minérales naturelles.


Forages vulnérables et avis hydrogéologiques contradictoires

Deux rapports hydrogéologiques réalisés à quelques mois d’intervalle dressent un constat préoccupant. Ils soulignent la sensibilité des captages, alimentés par un bassin superficiel exposé aux pollutions de surface. Les documents mentionnent des contaminations microbiologiques récurrentes et la présence de sources potentielles de pollution.

Si un premier avis concluait clairement à l’incompatibilité avec le label « eau minérale naturelle », le second adopte une position plus nuancée, évoquant des anomalies de mesure ou des effets liés aux procédures de désinfection. Toutefois, une proportion importante d’analyses est jugée inexploitable, ce qui empêche toute évaluation fiable et continue de la qualité de l’eau.


Le label « eau minérale naturelle » en question

La réglementation impose des critères stricts : une eau minérale naturelle doit être exempte de toute contamination chimique ou microbiologique et démontrer une stabilité parfaite dans le temps. Elle ne peut en aucun cas être désinfectée.

Au vu des éléments révélés, la conformité de Perrier à ces exigences est désormais interrogée. La décision finale appartient au préfet, qui s’appuiera sur l’avis du Comité départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Au-delà du cas Perrier, cette affaire pose une question plus large : celle de la capacité des autorités et des industriels à préserver l’intégrité d’une ressource naturelle face aux contraintes économiques et aux impératifs de production.

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