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Naître femme et riche, naître homme et pauvre : le tirage au sort qui décide de votre espérance de vie

Dix-sept ans. C’est aujourd’hui l’écart d’espérance de vie qui sépare une femme aisée d’un homme modeste en France. Un gouffre silencieux, fruit d’un double déterminisme implacable : le genre et l’argent. Derrière cette statistique vertigineuse se cache une réalité sociale brutale, où certaines existences sont, dès le départ, programmées pour être plus courtes que d’autres.

Une fracture invisible qui dépasse toutes les moyennes

L’espérance de vie est souvent présentée comme un indicateur global, presque abstrait. Pourtant, lorsqu’on descend au niveau des catégories sociales et du genre, la moyenne nationale vole en éclats. En France, l’écart de longévité entre les plus favorisés et les plus modestes n’a jamais été aussi marqué. Mais c’est surtout lorsqu’on croise richesse et sexe que la réalité devient saisissante.

Aujourd’hui, une femme appartenant aux catégories les plus aisées peut espérer vivre jusqu’à dix-sept ans de plus qu’un homme issu des milieux modestes. Une différence qui ne s’explique ni par le hasard ni par une simple question biologique. Elle résulte d’une accumulation de désavantages sociaux qui s’additionnent tout au long de la vie.

Le poids du travail et des risques précoces

Dès l’entrée dans la vie active, les trajectoires divergent. Les hommes issus des milieux modestes sont surreprésentés dans les métiers pénibles, dangereux ou physiquement éprouvants. Exposition aux substances toxiques, manutention lourde, travail de nuit, stress chronique : autant de facteurs qui fragilisent l’organisme sur le long terme.

À l’inverse, les femmes des catégories favorisées occupent plus fréquemment des emplois moins exposés aux risques physiques et bénéficient d’une meilleure protection sociale. Cette différence d’exposition professionnelle joue un rôle clé dans la surmortalité masculine observée dès la quarantaine.

Santé, prévention et accès aux soins : un fossé qui se creuse

L’écart se renforce avec l’âge. Les hommes modestes consultent moins souvent, plus tard, et renoncent davantage aux soins. Les raisons sont multiples : contraintes financières, horaires de travail incompatibles, éloignement des services médicaux, mais aussi normes culturelles valorisant l’endurance et minimisant la douleur.

Les femmes, en particulier celles disposant d’un niveau de vie élevé, bénéficient d’un suivi médical plus régulier. Dépistages, prévention, prise en charge précoce des pathologies chroniques : autant d’éléments qui contribuent à allonger significativement leur espérance de vie.

À partir de 50 ans, la sanction devient brutale

C’est autour de la cinquantaine que la fracture devient la plus visible. Les hommes issus des milieux modestes connaissent une surmortalité précoce liée aux maladies cardiovasculaires, aux cancers, aux accidents et parfois aux comportements à risque accumulés sur plusieurs décennies.

Chez les femmes, le risque de mortalité augmente plus tardivement. Mais là encore, le niveau de vie joue un rôle déterminant. Une femme précaire reste plus exposée qu’une femme aisée, même si l’écart avec les hommes modestes demeure considérable.

Cette réalité montre que le genre n’agit pas seul : il amplifie ou atténue les effets des inégalités économiques.

Une inégalité construite, pas une fatalité biologique

Contrairement à certaines idées reçues, cette différence de longévité ne peut être réduite à une simple explication génétique. Les biologistes eux-mêmes reconnaissent que l’écart naturel entre hommes et femmes est bien inférieur à ce que révèlent les statistiques sociales.

Ce sont les conditions de vie, le travail, l’accès aux ressources, la prévention et la reconnaissance des risques qui façonnent ces trajectoires. Autrement dit, certaines vies sont structurellement raccourcies par l’organisation même de la société.

Une question politique autant que sanitaire

Cette situation pose une question centrale : peut-on accepter qu’en France, l’espérance de vie dépende à ce point du sexe et du niveau de revenu ? Derrière les chiffres, ce sont des années de vie perdues, des retraites jamais vécues, des familles amputées trop tôt.

Les politiques publiques s’attaquent souvent aux inégalités de revenus, beaucoup moins aux inégalités de longévité. Pourtant, la durée de vie est sans doute l’indicateur le plus radical de l’injustice sociale.

Tant que ces écarts continueront de se creuser, la promesse d’égalité restera inachevée. Car vivre plus longtemps n’est pas seulement une question de chance ou de biologie. C’est, de plus en plus, une question de position sociale et de genre.

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