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Sexualité 2025. Stealthing ou viol par surprise, le nouveau fléau chez les jeunes

Encore largement méconnu du grand public, le stealthing désigne le retrait volontaire du préservatif à l’insu du ou de la partenaire lors d’un rapport sexuel. Cette pratique, en nette progression chez les jeunes adultes, constitue juridiquement un viol. Derrière ce terme se cache une réalité préoccupante mêlant désinformation, rapports de domination et recul du consentement.

Un mot encore flou pour une réalité bien concrète

Le mot stealthing reste peu employé dans le débat public, mais les faits qu’il recouvre sont loin d’être marginaux. Il désigne une situation précise dans laquelle un rapport sexuel est accepté sous condition de protection, avant que cette protection ne soit retirée volontairement, sans information ni accord de l’autre personne. Ce changement unilatéral transforme profondément la nature de l’acte.

Ce qui avait été consenti ne l’est plus, car les conditions essentielles du rapport ont été modifiées. Longtemps reléguée à des discussions militantes ou à des témoignages isolés, cette pratique apparaît aujourd’hui comme un phénomène plus large, notamment chez les jeunes adultes, et soulève des enjeux juridiques, sanitaires et sociétaux majeurs. Un amendement à l’Assemblée Nationale a été voté en ce sens.


Le consentement ne se négocie pas dans le silence

En droit français, le consentement sexuel n’est ni global ni définitif. Il porte à la fois sur l’acte et sur ses conditions. Lorsqu’un rapport est accepté avec l’usage d’un préservatif, cette protection fait partie intégrante du consentement donné.

Le retirer sans prévenir constitue une rupture claire et volontaire de cet accord. La loi qualifie le viol comme un acte de pénétration sexuelle commis notamment par surprise. Le stealthing entre précisément dans ce cadre. La surprise réside dans le fait que la personne concernée ignore que les conditions du rapport ont été modifiées, alors même qu’elles conditionnaient son accord initial.

Plusieurs décisions judiciaires récentes ont confirmé cette lecture, établissant sans ambiguïté que le stealthing constitue un viol, même en l’absence de violence physique apparente.


Encore largement méconnu du grand public, le stealthing désigne le retrait volontaire du préservatif à l’insu du ou de la partenaire lors d’un rapport sexuel. Cette pratique, en nette progression chez les jeunes adultes, constitue juridiquement un viol. Derrière ce terme se cache une réalité préoccupante mêlant désinformation, rapports de domination et recul du consentement.
Illustration – préservatif sans marque de couleur rouge

Une exposition accrue chez les jeunes adultes

Les enquêtes récentes sur les comportements sexuels et les représentations du consentement montrent que les jeunes adultes figurent parmi les populations les plus exposées au stealthing. Cette vulnérabilité s’explique en partie par une information insuffisante, mais aussi par des représentations encore très ancrées autour du préservatif et de la responsabilité sexuelle.

Chez certains jeunes hommes, le préservatif est encore perçu comme une contrainte, voire comme un élément secondaire du rapport, dont la présence pourrait être négociée ou contournée. Cette vision erronée favorise des comportements transgressifs et alimente l’idée dangereuse selon laquelle le consentement serait implicite ou acquis une fois pour toutes.

Or, le consentement est par nature spécifique, éclairé et réversible. Toute modification des conditions impose un nouvel accord explicite.


Le rôle des discours virilistes et de la désinformation

Le développement du stealthing ne peut être analysé sans tenir compte du contexte culturel et numérique dans lequel évoluent les jeunes générations. Sur certaines plateformes en ligne, des discours masculinistes et virilistes valorisent une sexualité fondée sur la domination, la ruse et la transgression des limites.

Dans ces espaces, le retrait du préservatif est parfois présenté comme un acte anodin, voire comme une preuve de virilité. Cette banalisation participe à une désensibilisation progressive face aux violences sexuelles et invisibilise les conséquences pour les victimes.


Des conséquences sanitaires et psychologiques majeures

Le stealthing n’est jamais un acte sans conséquences. Sur le plan médical, il expose directement les victimes à des infections sexuellement transmissibles, au VIH, ou à des grossesses non désirées, sans possibilité de choix ni de prévention.

Sur le plan psychologique, les victimes évoquent un sentiment de trahison profonde, une atteinte à l’intimité et à la confiance, ainsi qu’un vécu proche de celui d’une agression sexuelle. Dans de nombreux cas, la prise de conscience est différée, survenant lors d’un dépistage ou d’un suivi médical, ravivant alors le traumatisme initial.


Un angle mort de l’éducation sexuelle

Si le stealthing se répand, c’est aussi parce qu’il reste largement absent des dispositifs de prévention et d’éducation sexuelle. Trop souvent, ces programmes se concentrent sur les risques sanitaires sans aborder concrètement la question du consentement et de ses implications pratiques.

Parler de sexualité implique aussi d’enseigner que le corps de l’autre n’est jamais un acquis, que les conditions posées doivent être respectées, et que la protection concerne les deux partenaires.


Nommer pour prévenir

Nommer le stealthing, l’expliquer et le qualifier juridiquement constitue une étape indispensable pour enrayer sa progression. La prévention passe par une information claire, accessible et répétée, destinée aussi bien aux jeunes qu’à l’ensemble de la société.


Un signal d’alarme pour la société

Le stealthing agit comme un révélateur. Il met en lumière les fragilités actuelles du rapport au consentement, l’impact de la désinformation et la persistance de schémas de domination dans la sexualité.

Reconnaître clairement le stealthing pour ce qu’il est : un viol, constitue un préalable indispensable à toute réponse collective efficace et à l’émergence d’une véritable culture du respect dans les relations intimes.

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