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Tout savoir sur les accords MERCOSUR-UNION EUROPEENNE : le grand marchandage international expliqué

Viande sud-américaine contre voitures européennes, soja contre machines-outils, climat contre croissance : derrière le mot un peu barbare de MERCOSUR se cache l’un des accords commerciaux les plus explosifs jamais négociés par l’Union européenne. Pourquoi l’Allemagne y voit une opportunité historique, tandis que la France et l’Italie freinent des quatre fers ? Décryptage simple d’un dossier qui divise l’Europe.

Le MERCOSUR, c’est quoi au juste ?

Le MERCOSUR (Marché commun d’Amérique du Sud) est une alliance économique sud-américaine créée en 1991. Elle regroupe principalement le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, bientôt rejoints par la Bolivie. Ensemble, ces pays représentent plus de 260 millions d’habitants et une puissance agricole majeure à l’échelle mondiale.

L’objectif du MERCOSUR est simple : faciliter le commerce entre ses membres et parler d’une seule voix face aux grandes puissances économiques. En clair, c’est une sorte de mini-marché commun, bien moins intégré que l’Union européenne, mais redoutablement efficace sur certains secteurs, notamment l’agriculture et les matières premières.


L’accord UE–MERCOSUR : de quoi parle-t-on ?

Après plus de vingt ans de négociations, l’Union européenne et le MERCOSUR ont trouvé un accord politique en 2019. Il vise à créer l’une des plus grandes zones de libre-échange du monde.

Concrètement :

  • l’UE ouvrirait davantage son marché à la viande bovine, la volaille, le sucre, l’éthanol ou le soja sud-américains ;
  • en échange, les pays du MERCOSUR réduiraient fortement les droits de douane sur les voitures, pièces automobiles, machines industrielles, produits chimiques et pharmaceutiques européens.

Sur le papier, tout le monde gagne. En réalité, le diable se cache dans les détails.


Pourquoi l’Allemagne est largement pour

L’Allemagne est la grande gagnante potentielle de cet accord. Son économie repose fortement sur l’exportation de voitures, de machines-outils et de technologies industrielles. Or, aujourd’hui, ces produits sont lourdement taxés en Amérique du Sud.

Pour Berlin, l’accord permettrait :

  • d’ouvrir de nouveaux débouchés à ses industriels,
  • de renforcer ses grands groupes automobiles face à la concurrence chinoise,
  • de sécuriser des chaînes d’approvisionnement stratégiques.

L’agriculture allemande, moins centrale politiquement que dans d’autres pays, pèse peu dans le débat. Résultat : l’Allemagne voit surtout l’accord comme un levier de croissance et d’influence géopolitique.


Pourquoi la France et l’Italie disent non

En France comme en Italie, la lecture est radicalement différente.

Premier point de blocage : l’agriculture.
Les éleveurs européens dénoncent une concurrence jugée déloyale. Les normes sanitaires, environnementales et de bien-être animal en Amérique du Sud sont souvent moins strictes qu’en Europe. Autoriser davantage de viande sud-américaine, c’est selon eux tirer les prix vers le bas et fragiliser des filières déjà sous tension.

Deuxième point : l’environnement.
La déforestation en Amazonie, notamment pour l’élevage bovin et la culture du soja, est au cœur des critiques. En France, l’accord est perçu comme incompatible avec les objectifs climatiques européens, malgré les clauses environnementales ajoutées au texte.

Troisième point : le symbole politique.
À l’heure où l’UE parle de souveraineté alimentaire, signer un accord favorisant des importations massives de produits agricoles apparaît, pour Paris et Rome, comme un contre-sens stratégique.


Un accord économiquement logique… politiquement explosif

L’accord UE–MERCOSUR illustre une fracture européenne classique :

  • les pays industriels exportateurs, comme l’Allemagne, privilégient l’ouverture commerciale ;
  • les pays à forte identité agricole, comme la France et l’Italie, redoutent ses effets sociaux et environnementaux.

À cela s’ajoute une opinion publique de plus en plus sensible aux questions climatiques et au contenu réel des accords commerciaux. Résultat : un texte signé sur le papier, mais toujours pas ratifié, et un avenir très incertain.


En clair

Le MERCOSUR n’est ni un monstre ni une baguette magique. L’accord avec l’Europe est un choix politique majeur : accepter plus de libre-échange pour soutenir l’industrie, ou freiner pour protéger l’agriculture et le climat. Un dilemme qui dépasse largement les droits de douane… et qui explique pourquoi l’Europe avance, une fois de plus, en ordre dispersé.

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