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Venezuela–États-Unis : Caracas dénonce à l’ONU une “extorsion” américaine et un blocus assimilé à un acte militaire

Le Venezuela a porté devant l’ONU de graves accusations contre les États-Unis, dénonçant une politique d’extorsion et un blocus naval assimilé à un acte militaire. Soutenu par la Russie et la Chine, Caracas accuse Washington de vouloir renverser le pouvoir en place pour s’emparer de ses ressources pétrolières.

Une réunion d’urgence à New York sur fond de tensions maritimes

Le bras de fer entre le Venezuela et les États-Unis s’est invité au Conseil de sécurité de l’ONU lors d’une réunion d’urgence demandée par Caracas. Au cœur des échanges : l’accusation d’« extorsion » portée par les autorités vénézuéliennes contre Washington, dans un contexte de contrôle maritime présenté par le Venezuela comme un blocus naval. En toile de fond, une question centrale pour l’économie du pays : le pétrole vénézuélien, ressource majeure et enjeu politique stratégique.

L’intervention du représentant vénézuélien, Samuel Moncada, a insisté sur une pression jugée croissante et exercée « en dehors du droit international ». Selon Caracas, les menaces évoquées par le président américain Donald Trump depuis plusieurs semaines s’apparenteraient à un ultimatum : céder, ou s’exposer à une action armée. Le diplomate a décrit ce scénario comme « la plus grande extorsion » connue dans l’histoire nationale, cherchant à placer la crise sur le terrain du droit international et de la souveraineté.

Le pétrole comme point de rupture

Une partie de l’argumentaire vénézuélien s’est concentrée sur les cargaisons d’hydrocarbures. Samuel Moncada a interrogé publiquement la légitimité de l’appropriation, par le gouvernement américain, de près de 4 millions de barils de pétrole vénézuélien, en référence à la cargaison de deux pétroliers arraisonnés par l’armée américaine au large du Venezuela. Pour Caracas, l’épisode illustre le caractère coercitif d’un blocus naval qui viserait moins l’application de sanctions que l’asphyxie économique.

Le pouvoir vénézuélien affirme que la finalité de cette stratégie serait politique : affaiblir le régime de Nicolas Maduro, provoquer des tensions internes et, à terme, faciliter un changement de pouvoir. Les autorités vénézuéliennes soutiennent que la pression américaine s’explique aussi par l’ampleur des réserves nationales, régulièrement présentées comme parmi les plus importantes au monde, ce qui alimente un conflit durable autour du contrôle et des flux du pétrole.

Washington maintient l’axe « narcoterrorisme » et sécurité régionale

Face à ces accusations, la représentation américaine à l’ONU a défendu une position radicalement opposée. L’ambassadeur américain, Mike Waltz, a déclaré que les États-Unis feraient « tout ce qui est en leur pouvoir » pour protéger l’hémisphère, les frontières et la population américaine. Dans cette ligne, Washington accuse le pouvoir vénézuélien d’utiliser le pétrole pour financer des activités criminelles, qualifiées de « narcoterrorisme », ainsi que la traite d’êtres humains, des meurtres et des enlèvements.

La rhétorique américaine vise également directement Nicolas Maduro. Mike Waltz a réitéré l’idée que le dirigeant vénézuélien serait recherché par la justice américaine, le présentant comme chef d’une organisation désignée comme terroriste : le « cartel de los Soles ». Sur ce point, le débat reste disputé : selon de nombreux experts, l’existence même d’un cartel structuré et unifié demeure à établir, l’hypothèse la plus souvent évoquée renvoyant plutôt à des réseaux de corruption et à des complicités favorisant des trafics.

Une prime relevée et un rapport de force assumé

Autre élément marquant de la séquence onusienne : l’annonce d’une récompense portée à 50 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation de Nicolas Maduro. Caracas y voit un signal d’escalade et une démonstration d’ingérence. Washington, de son côté, l’inscrit dans une logique de poursuites et de lutte contre des réseaux criminels transnationaux.

Dans ce climat, la proximité diplomatique entre Caracas et Moscou a été rappelée à l’ONU. Nicolas Maduro est présenté comme un allié fidèle de Vladimir Poutine, qu’il a notamment soutenu dès le début de l’offensive militaire russe en Ukraine. Cette dimension géopolitique renforce la portée internationale du dossier : au-delà du seul Venezuela, la discussion touche aux équilibres entre puissances au Conseil de sécurité.

Russie et Chine dénoncent « unilatéralisme » et « intimidation »

La réunion d’urgence a également mis en évidence un soutien diplomatique important pour Caracas, au moins sur la critique de la méthode américaine. La Russie et la Chine ont appuyé la tenue de la session et ont fustigé la pression militaire et économique exercée par les États-Unis.

L’ambassadeur russe, Vassily Nebenzia, a estimé que les actes attribués à Washington contrevenaient aux normes fondamentales du droit international. Qualifiant le contrôle maritime d’« acte d’agression flagrant », il a évoqué les « conséquences catastrophiques » d’une attitude comparée à celle d’un « cow-boy ». La Chine, par la voix de Sun Lei, a dit s’opposer à l’unilatéralisme et à l’intimidation, et a assuré soutenir les États dans la défense de leur souveraineté et de leur dignité nationale.

L’ONU appelle à la voie diplomatique

Dans cet échange tendu, les Nations unies ont tenté de maintenir un cap diplomatique. Khaled Khiari, secrétaire général adjoint de l’ONU, a indiqué qu’Antonio Guterres se tenait prêt à soutenir des efforts de médiation, y compris via ses « bons offices », si les deux parties le demandaient. Un rappel de méthode, alors que les positions affichées paraissent, à ce stade, difficilement conciliables.

Le dossier Venezuela–États-Unis cristallise ainsi plusieurs lignes de fracture : la question du blocus naval, l’enjeu du pétrole vénézuélien, la légitimité des sanctions et des arraisonnements, et la bataille des récits entre « narcoterrorisme » et souveraineté nationale. Pour Caracas, l’objectif est de convaincre que la pression américaine relève d’une stratégie de renversement. Pour Washington, il s’agit de justifier une posture sécuritaire et judiciaire. Au Conseil de sécurité, la confrontation s’est jouée autant sur les faits avancés que sur les principes invoqués.

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