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A-One Records à Paris : la renaissance spectaculaire du vinyle transforme la capitale en temple du microsillon

A-One Records à Paris : la renaissance spectaculaire du vinyle transforme la capitale en temple du microsillon

Chapô

Dans une rue discrète du 11ᵉ arrondissement, une file de plusieurs centaines de personnes raconte à elle seule le retour en force du vinyle. Avec sa braderie XXL, A-One Records confirme que le disque noir n’est plus un objet nostalgique mais un marqueur culturel fort, entre quête sonore, passion du collectionneur et rejet du tout-numérique.


La renaissance du vinyle à Paris n’est plus un simple phénomène de niche. Elle se donne désormais à voir dans l’espace public, parfois de façon spectaculaire. Un samedi matin d’hiver, à proximité de la place de la Nation, une file compacte s’étire sur plusieurs dizaines de mètres. Près de 300 personnes patientent dans le froid pour accéder à une braderie organisée par A-One Records. L’image surprend les riverains, intrigue les passants et confirme une tendance lourde : le disque vinyle s’est durablement réinstallé dans les usages culturels contemporains.

Une scène révélatrice dans le 11ᵉ arrondissement

La rue est habituellement calme. Ce matin-là, elle bruisse de conversations, de références musicales, de comparaisons de pressages. La clientèle est jeune, majoritairement trentenaire, parfois étudiante, parfois déjà très avertie. Tous attendent l’ouverture d’une vente exceptionnelle : plus de 5 000 disques proposés à prix réduits, couvrant plusieurs décennies et une large palette de genres. Ce qui se joue ici dépasse la simple opération commerciale. Pour beaucoup, il s’agit d’un rituel, presque d’un pèlerinage.

Paris, longtemps perçue comme une capitale du CD puis du streaming, confirme ainsi son ancrage dans la culture vinyle, portée par une nouvelle génération de disquaires indépendants et de collectionneurs.

A Paris, une file de plusieurs centaines de personnes raconte à elle seule le retour en force du vinyle et du microsillon. A-One Records confirme que le public est au rendez-vous.

De New York à Paris, une histoire transatlantique

A-One Records n’est pas une enseigne née de rien. La boutique parisienne est l’extension naturelle d’un lieu mythique : A1 Record Shop, installé dans l’East Village depuis 1996. Fondé par Isaac Kosman, ce magasin est devenu une référence mondiale pour les amateurs de « digging », cet art de fouiller les bacs à la recherche de pressages rares, d’éditions oubliées ou de disques anonymes au potentiel insoupçonné.

Dans l’univers du DJing et de la collection, l’adresse new-yorkaise est synonyme d’abondance et de profondeur de catalogue. Des centaines de milliers de disques y transitent, alimentant une réputation forgée sur la diversité, la qualité et la patience nécessaire pour trouver la perle rare.

Une implantation parisienne pensée comme un pont culturel

L’ouverture de l’antenne parisienne en 2023 ne relève pas d’un simple développement commercial. Elle s’inscrit dans une histoire personnelle et culturelle. À sa tête, Natania Kosman, profondément attachée à la France, a voulu créer un pont entre New York et Paris, permettant aux collectionneurs européens d’accéder directement à des stocks américains, souvent introuvables sur le marché local.

Les disques arrivent par containers entiers, chaque carton promettant son lot de surprises. Cette logistique lourde permet à la boutique parisienne de proposer une rotation constante de références, alimentant l’excitation des habitués et la fidélité d’une clientèle avertie.

Une sélection qui raconte l’histoire de la musique

La braderie XXL illustre parfaitement l’ADN d’A-One Records. Rock’n’roll des années 60, disco et funk des années 70, hip-hop new-yorkais de l’âge d’or, house de Chicago, premiers maxis de la French Touch : les bacs dessinent une cartographie sonore de plus d’un demi-siècle de création musicale.

Ici, le terme « curated » prend tout son sens. La sélection n’est pas aléatoire. Elle reflète une vision de la musique comme continuum culturel, où les époques dialoguent et où les genres s’influencent mutuellement. Le vinyle devient alors un support de transmission, bien plus qu’un simple objet de consommation.

Le vinyle, une expérience physique assumée

Pour une génération habituée au streaming, le disque vinyle représente une redécouverte sensorielle. Fabriqué en polychlorure de vinyle, ce support analogique impose un rythme et un geste. Sortir le disque de sa pochette, le poser sur la platine, déposer délicatement le diamant dans le sillon : chaque étape participe de l’écoute.

Cette contrainte, souvent perçue comme un inconvénient, est au contraire revendiquée. Elle oblige à ralentir, à écouter un album dans son intégralité, à accepter les craquements et les silences comme partie intégrante de l’expérience.

On retrouve plusieurs microsillons à l"A-One Records, comme ces trois vinyles dans un état exceptionnel.
The Drifters, Mike Brant, The Suprêmes…un richesse culturelle intemporelle – Photo JFK

Une technologie née au XIXᵉ siècle

Le vinyle est l’héritier d’une longue histoire technique. Les premiers enregistrements sonores, au XIXᵉ siècle, utilisaient des cylindres de cire joués sur le phonographe inventé par Thomas Edison en 1877. Au début du XXᵉ siècle, les disques plats en gomme-laque, tournant à 78 tours par minute, se généralisent, malgré leur fragilité extrême.

La véritable révolution intervient à la fin des années 1940 avec l’apparition du microsillon. Le format LP, tournant à 33 ⅓ tours par minute, permet de stocker jusqu’à 22 minutes de musique par face, avec une fidélité sonore inédite. Le vinyle devient alors le support dominant de l’écoute domestique pendant plusieurs décennies.

Déclin annoncé, renaissance inattendue

À partir des années 1980, le vinyle est progressivement supplanté par la cassette audio puis par le CD. L’industrie proclame sa fin imminente. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, les chiffres racontent une autre histoire. Les ventes de vinyles atteignent aujourd’hui leur plus haut niveau depuis près de quarante ans.

Cette renaissance du vinyle repose sur plusieurs facteurs : une quête de qualité sonore, le retour en grâce de l’objet physique, mais aussi une défiance croissante envers la dématérialisation totale de la musique.

Le disque comme objet d’art et de valeur

Au-delà du son, le vinyle séduit par son format. Une pochette de 31 cm devient un support graphique à part entière, parfois signé par des artistes majeurs du design. Posséder un disque, c’est aussi exposer une œuvre comme le disait Orson Welles.

Le marché de l’occasion et des éditions originales s’est structuré au point de devenir un secteur économique à part entière. Certains pressages atteignent des sommes à quatre chiffres, transformant le vinyle en objet d’investissement, sans pour autant effacer sa dimension culturelle.

Une culture plus qu’un support

Dans des lieux comme A-One Records, les acheteurs ne viennent pas seulement consommer de la musique. Ils cherchent une expérience authentique, un rapport direct à la création et à l’histoire des sons. Dans un monde dominé par l’instantanéité, le vinyle impose le temps long, l’écoute attentive et la transmission intergénérationnelle.

De New York à Paris, des années 1990 à aujourd’hui, chaque disque raconte une histoire. Le succès d’A-One Records dans le 11ᵉ arrondissement témoigne d’un besoin profond : celui de réancrer la musique dans la matière, dans le geste et dans la mémoire collective.

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