De retour à l’Assemblée nationale après son congé maternité, la députée LFI Mathilde Hignet a orchestré une mise en scène très commentée en se présentant avec son nouveau-né pour badger à une commission, avant de repartir sans y siéger. Un geste présenté comme un signal d’alerte sur la pénurie de solutions de garde, mais qui interroge sur l’éthique, la rémunération des élus et la défiance citoyenne envers la classe politique.
Le retour à l’Assemblée nationale de Mathilde Hignet, députée de La France insoumise, après son congé maternité, a suscité une vive controverse. La séquence, largement relayée, montre l’élue se rendant au Palais-Bourbon avec son nourrisson, faute de solution de garde immédiate. Elle badge à l’entrée d’une commission parlementaire, puis quitte les lieux sans assister aux travaux. L’intention affichée : mettre en lumière les difficultés persistantes d’accès aux crèches et aux modes de garde. L’effet produit, lui, dépasse le message social initial et ouvre un débat plus large sur les règles, l’éthique et la perception du travail parlementaire.
Une séquence symbolique, un message assumé
La députée a revendiqué une action symbolique. Selon ses prises de parole, il s’agissait de rendre visible une réalité vécue par de nombreuses familles : l’insuffisance de places en crèche, la rareté des assistantes maternelles disponibles et la complexité des solutions de garde, en particulier lors des reprises d’activité. En ce sens, la démarche s’inscrit dans une tradition militante visant à porter des causes sociales au cœur des institutions malgré un congé de naissance qui évolue en 2026.
Le choix de se présenter avec un nouveau-né à l’Assemblée nationale n’est pas inédit dans les parlements occidentaux. Plusieurs élus, en France comme à l’étranger, ont déjà tenté de faire évoluer les pratiques pour mieux concilier vie familiale et mandat public. Le débat est légitime et traverse l’ensemble du spectre politique.
Le point de bascule : présence, rémunération et responsabilité
La controverse naît toutefois d’un élément précis : le fait de badger à une commission sans y siéger. Dans le fonctionnement de l’Assemblée nationale, la présence des députés en commission conditionne, selon les règles en vigueur, certaines modalités d’indemnisation et d’activité. Si les dispositifs exacts relèvent du règlement interne, la séquence a été perçue par de nombreux observateurs comme une présence formelle, non suivie d’un travail effectif.
C’est ici que la critique s’installe. Car si l’action avait consisté à rester en commission, même avec un nourrisson, pour participer aux débats, l’argument militant aurait trouvé une cohérence immédiate avec l’exercice du mandat. En quittant les lieux, la députée a laissé place à l’accusation d’une mise en scène jugée inaboutie, voire contre-productive.
Entre engagement militant et exigence éthique
Le mandat parlementaire est un engagement public fondé sur des obligations de présence, de travail et de responsabilité. Les électeurs attendent des élus qu’ils défendent des causes, mais aussi qu’ils remplissent les missions pour lesquelles ils ont été choisis. La frontière est parfois ténue entre le geste symbolique et l’acte perçu comme un manquement.
Dans ce cas précis, la critique ne porte pas sur la maternité — protégée par le droit et socialement reconnue — mais sur la méthode. Le débat soulevé par cette séquence interroge la compatibilité entre action militante et respect strict des règles institutionnelles. À défaut d’un cadre clair et partagé, toute initiative individuelle risque d’être interprétée comme un privilège ou une entorse aux obligations communes.
Une défiance citoyenne ravivée
L’épisode s’inscrit dans un contexte de défiance persistante envers les responsables politiques. Les enquêtes d’opinion montrent régulièrement que les Français attendent exemplarité et transparence de leurs élus. La moindre ambiguïté sur la rémunération ou la présence effective au travail alimente un soupçon généralisé.
Sur les réseaux sociaux, la séquence a été commentée sous l’angle de l’« argent public » et du « badgeage », symboles d’une bureaucratie perçue comme déconnectée des réalités. Pour une partie du public, l’action a brouillé le message initial en donnant l’impression d’une instrumentalisation des règles plutôt que d’une réforme recherchée par le débat parlementaire.
Le fond du problème : la garde d’enfants, angle mort des politiques publiques
Sur le fond, le sujet demeure crucial. Les difficultés d’accès aux modes de garde sont documentées et affectent des millions de familles. Les pénuries de places en crèche, les inégalités territoriales et le coût des solutions privées constituent un frein majeur à l’emploi, en particulier pour les femmes. Porter ce débat à l’Assemblée est non seulement légitime, mais nécessaire.
La question est donc moins celle de l’objectif que celle du moyen. Les politiques publiques se construisent par le travail en commission, l’amendement des textes, l’audition des acteurs et le vote. C’est précisément ce terrain que la séquence controversée a semblé contourner, affaiblissant la portée du message.

Mandat politique : un choix et des contraintes
L’engagement politique, comme d’autres engagements de haut niveau, implique des contraintes fortes et parfois incompatibles avec des événements de vie imprévisibles. Les institutions ont d’ailleurs commencé à s’adapter : congés parentaux, votes par délégation temporaire, aménagements de calendrier. Ces dispositifs visent à concilier droits individuels et continuité du service public.
Toutefois, l’exemplarité reste un principe central. Lorsqu’un élu choisit une action symbolique, il engage non seulement sa cause, mais aussi la crédibilité de l’institution qu’il représente. Une action perçue comme incomplète ou ambiguë peut produire l’effet inverse de celui recherché.
Une séquence révélatrice d’un malaise plus large
Au-delà du cas individuel, l’épisode révèle un malaise plus large : comment adapter les institutions à la réalité sociale sans fragiliser la confiance démocratique ? Comment rendre visibles les injustices sans donner prise à l’accusation de privilège ? Ces questions dépassent un parti et concernent l’ensemble des formations politiques.
Pour Mathilde Hignet, le retour à l’Assemblée aura au moins eu un mérite : remettre la question de la garde d’enfants au centre du débat public. Reste à savoir si la méthode choisie permettra d’ouvrir une discussion constructive au Parlement ou si elle laissera durablement une trace de défiance supplémentaire dans l’opinion.
L’enjeu final : restaurer la confiance
À l’heure où la participation électorale recule et où la défiance progresse, chaque geste compte. Les élus sont attendus sur le fond, mais aussi sur la forme. Dans une démocratie représentative fragilisée, la cohérence entre discours, action et règles communes est devenue une condition essentielle de la crédibilité politique.
L’épisode du retour de Mathilde Hignet à l’Assemblée nationale illustre cette exigence. Entre cause sociale légitime et controverse éthique, il rappelle que la pédagogie politique ne peut faire l’économie d’un respect scrupuleux des institutions, sous peine d’accentuer, malgré elle, la distance entre citoyens et représentants.














