Après des semaines de menaces commerciales et militaires, un compromis inédit sur le Groenland a émergé entre Washington et l’Otan. Annoncé par Donald Trump à Davos, l’accord, encore flou, apaise temporairement les tensions tout en ouvrant la voie à une présence américaine renforcée dans l’Arctique. Décryptage d’un tournant géopolitique majeur.
L’annonce a surpris par sa soudaineté autant que par ses implications. Depuis le Forum économique mondial de Forum économique mondial, Donald Trump a évoqué « le cadre d’un futur accord » concernant le Groenland et, plus largement, l’ensemble de la région arctique. Fruit d’échanges menés avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, ce compromis a permis la levée immédiate des menaces douanières et militaires brandies par Washington ces dernières semaines. Reste que ses contours demeurent volontairement imprécis, nourrissant interrogations et spéculations.
Une désescalade annoncée après des semaines de pression
Jusqu’à cette annonce, le dossier groenlandais s’était imposé comme l’un des points de crispation les plus sensibles de la scène internationale après l’enlèvement de Maduro. Les déclarations répétées de Donald Trump sur une possible « acquisition » du territoire autonome danois avaient provoqué inquiétude à Copenhague, méfiance à Nuuk et nervosité sur les marchés. L’option de droits de douane contre plusieurs pays européens, brandie en parallèle, avait accentué la pression diplomatique.
L’accord évoqué à Davos a, au moins temporairement, inversé la dynamique. En mettant en pause la guerre commerciale et en renonçant à toute menace militaire immédiate, Washington a envoyé un signal d’apaisement. Un geste accueilli favorablement par Wall Street et avec un soulagement prudent par plusieurs capitales européennes.
Le rôle central de l’Otan et de Mark Rutte
Selon les déclarations de Mark Rutte, les discussions ont été menées « en coulisses », avec pour ligne directrice une « diplomatie réfléchie ». L’ancien Premier ministre néerlandais a reconnu que l’objectif prioritaire consistait à éviter une escalade incontrôlée tout en tenant compte des préoccupations sécuritaires américaines dans l’Arctique.
Après sa rencontre avec Donald Trump, le secrétaire général de l’Otan a toutefois tempéré l’optimisme affiché par la Maison-Blanche. Il a souligné qu’il restait « beaucoup de travail » avant toute finalisation et assuré que la prise de contrôle du Groenland par les États-Unis n’avait pas été abordée formellement. Une prudence qui tranche avec les propos plus offensifs du président américain.

Un compromis présenté comme « de long terme »
Interrogé sur la nature exacte de l’accord, Donald Trump s’est montré évasif. Il a affirmé qu’il n’était « pas question d’argent » et que le compromis offrait aux États-Unis « tout ce qu’ils voulaient », « pour toujours ». Une formule qui a relancé les interrogations sur la portée réelle du texte et sur les concessions consenties par les partenaires européens.
Cette insistance sur le « long terme » suggère un arrangement stratégique durable, sans pour autant acter une modification formelle de la souveraineté groenlandaise. Le flou entretenu semble volontaire, laissant aux différentes parties la possibilité de présenter l’accord sous un angle compatible avec leurs opinions publiques respectives.
Vers une présence militaire américaine accrue
Selon des informations relayées par The New York Times, les États-Unis auraient obtenu la souveraineté sur certaines zones du Groenland afin d’y installer de nouvelles bases militaires. Washington dispose déjà de la base aérienne de Pituffik, dans l’ouest de l’île, établie en 1951, mais sans souveraineté territoriale directe.
Le projet évoqué s’inspirerait d’un modèle existant, comparable à l’accord liant le Royaume-Uni à Chypre pour les bases d’Akrotiri et de Dhekelia. Selon The Telegraph, les futures installations américaines seraient considérées comme des territoires américains, offrant à Washington une liberté d’action accrue en matière d’opérations militaires, de renseignement et de formation.
Enjeux sécuritaires et ressources stratégiques
Au-delà de la dimension militaire, l’Arctique concentre des intérêts économiques croissants. L’accord évoqué permettrait également de faciliter certains développements locaux, notamment l’exploitation potentielle de minerais rares, sans nécessiter d’autorisation danoise préalable pour les États-Unis.
Pour Donald Trump et ses conseillers, la sécurisation du Groenland répond avant tout à la montée en puissance de la Russie et de la Chine dans la région. Mark Rutte l’a rappelé sur Fox News, en mettant en garde contre les « investissements colossaux » de Moscou et de Pékin dans l’Arctique, tant sur le plan économique que militaire.
Le projet controversé du « dôme d’or »
Parmi les annonces les plus spectaculaires figure la volonté de Donald Trump d’installer au Groenland un vaste système de défense antimissile, surnommé « dôme d’or », en référence au Dôme de fer israélien. Présenté comme un projet conjoint impliquant États-Unis et Européens, ce dispositif viserait à renforcer la protection du continent nord-américain face à des menaces balistiques potentielles.
Cette perspective soulève de nombreuses questions techniques, financières et politiques, notamment quant à l’acceptation locale et à l’impact sur l’équilibre stratégique régional.
Réactions contrastées en Europe et au Groenland
L’annonce de l’accord a suscité des réactions contrastées. À Copenhague, le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a salué un signal positif tout en évitant de se prononcer sur le fond. En Suède et en Finlande, les responsables politiques ont estimé que « le pire avait été évité », sans considérer pour autant la crise comme définitivement close.
Au Groenland, en revanche, la méfiance domine. Des responsables politiques locaux ont dénoncé une négociation menée sans leur consentement, rappelant le statut autonome de l’île et leur droit à décider de l’exploitation des ressources et de la présence militaire étrangère.
Un équilibre encore fragile
Si l’accord annoncé a permis de calmer temporairement les tensions, il n’a pas dissipé toutes les incertitudes. Les négociations entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis doivent se poursuivre afin de préciser les modalités exactes du compromis et d’éviter toute implantation économique ou militaire hostile dans la région.
L’Arctique s’affirme plus que jamais comme un espace stratégique majeur, au croisement des enjeux de sécurité, d’énergie et de rivalités de puissances. Le compromis trouvé entre Donald Trump et l’Otan marque un tournant, mais il laisse en suspens une question essentielle : celle de la souveraineté et du rôle des populations locales dans un jeu géopolitique qui les dépasse largement.














