Le procès en appel de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national (RN) s’ouvre à Paris dans un climat politique lourd d’enjeux. Au-delà du dossier judiciaire, l’issue de la procédure pourrait peser directement sur l’élection présidentielle de 2027, entre confirmation d’inéligibilité, recomposition interne du RN et hypothèse d’une dissolution politique anticipée.
Le calendrier judiciaire et le calendrier politique se télescopent rarement avec autant de force. À compter de ce mardi 13 janvier, Marine Le Pen comparaît de nouveau devant la justice à l’occasion du procès en appel dans l’affaire dite des assistants parlementaires européens du Rassemblement national. Une audience qui se tiendra jusqu’au 12 février et dont l’issue pourrait avoir un impact direct sur la présidentielle de 2027, à moins de quinze mois du scrutin.
Condamnée en première instance pour détournement de fonds publics, la députée du Pas-de-Calais aborde cette nouvelle étape judiciaire avec un enjeu existentiel : préserver sa capacité à concourir à l’élection suprême ou, à défaut, organiser sa succession politique dans un parti qu’elle domine depuis plus d’une décennie.
Une affaire judiciaire devenue centrale dans la vie politique
L’affaire des assistants parlementaires européens concerne l’utilisation de crédits alloués par le Parlement européen pour rémunérer des collaborateurs. La justice reproche au RN d’avoir employé ces fonds à des fins partisanes, en rémunérant des cadres du parti sous le statut d’assistants parlementaires, sans lien direct avec l’activité européenne des élus concernés.
En première instance, les magistrats avaient retenu une responsabilité pénale lourde, estimant le préjudice à plus de 4 millions d’euros. Marine Le Pen avait alors été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, assortis de cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. Une décision qui, si elle devait être confirmée, rendrait impossible toute candidature à la présidentielle de 2027.
Une audience sous haute tension politique
Si onze autres responsables du RN comparaissent également, dont le maire de Perpignan Louis Aliot, l’attention se concentre presque exclusivement sur Marine Le Pen. Figure tutélaire du parti, triple candidate à l’élection présidentielle, elle incarne à elle seule l’avenir électoral du RN à court terme.
Dans un contexte où son parti domine les enquêtes d’opinion, le procès prend une dimension qui dépasse largement le strict cadre judiciaire. Il s’agit, pour la défense, de convaincre la cour d’appel que les faits reprochés relèvent davantage d’un usage contestable des règles européennes que d’une fraude intentionnelle organisée.
Une ligne de défense en évolution
Contrairement à la stratégie adoptée en première instance, l’entourage de Marine Le Pen laisse entendre que la défense pourrait évoluer. Sans reconnaissance explicite des faits, la candidate potentielle à l’Élysée pourrait désormais insister sur le caractère non intentionnel des infractions et sur l’ambiguïté des règles du Parlement européen encadrant le rôle des assistants.
Cette inflexion vise à répondre directement à l’un des éléments clés retenus par les juges en première instance : l’absence de remise en question et le sentiment d’impunité attribué à la dirigeante du RN. Une évolution de posture qui pourrait peser dans l’appréciation de la cour.
Trois scénarios aux conséquences majeures
À l’issue du procès en appel, trois scénarios principaux se dessinent.
Le premier, le plus favorable pour Marine Le Pen, serait une relaxe totale. Une telle décision effacerait l’obstacle judiciaire et permettrait à la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale d’entrer pleinement dans la campagne présidentielle, forte d’un discours dénonçant une « instrumentalisation politique de la justice ».
Le deuxième scénario verrait la cour confirmer une condamnation pénale, mais lever la peine d’inéligibilité. Juridiquement, Marine Le Pen pourrait alors se présenter à la présidentielle. Politiquement, la situation serait plus délicate : le RN accepterait-il de faire campagne avec une candidate condamnée, potentiellement sous bracelet électronique ?
Le troisième scénario, jugé le plus probable par de nombreux observateurs, serait la confirmation de l’inéligibilité. Une décision qui contraindrait Marine Le Pen à renoncer à la présidentielle de 2027, au moins temporairement.

L’option Jordan Bardella, entre assurance et incertitude
Anticipant cette hypothèse, Marine Le Pen a laissé entendre à plusieurs reprises qu’elle pourrait passer la main à Jordan Bardella si sa candidature devenait impossible. Une stratégie interprétée par certains comme un message adressé aux juges : l’éviction judiciaire de Marine Le Pen ne mettrait pas fin à la dynamique électorale du RN.
En interne toutefois, cette option divise. À 30 ans, Jordan Bardella incarne le renouvellement générationnel, mais son inexpérience à l’échelle nationale suscite des doutes quant à sa capacité à remporter une présidentielle. Pour Marine Le Pen, 2027 pourrait représenter la dernière occasion d’accéder à l’Élysée après trois échecs successifs.
La perspective d’un pourvoi en cassation accéléré
En cas de confirmation de la peine d’inéligibilité, Marine Le Pen pourrait se pourvoir en cassation. Le premier président de la Cour de cassation, Christophe Soulard, a indiqué qu’un tel recours serait examiné rapidement, potentiellement d’ici la fin de l’année.
Un calendrier resserré, mais qui placerait la décision définitive à quelques mois seulement de l’élection présidentielle. Une incertitude juridique qui pourrait peser durablement sur la campagne, sur la stratégie du RN et sur l’équilibre général de la vie politique française.
Un procès révélateur d’une recomposition politique
Au-delà du cas personnel de Marine Le Pen, le procès en appel des assistants parlementaires du RN illustre une transformation plus large du paysage politique. Il interroge la place de la justice dans la régulation de la vie publique, la capacité des partis à se projeter au-delà de leurs figures historiques et la solidité institutionnelle à l’approche d’échéances majeures.
Dans une France marquée par la fragmentation politique et la défiance envers les institutions, cette audience pourrait devenir un moment charnière, bien au-delà de la salle d’audience de la Cour d’appel de Paris.
Une présidentielle déjà sous influence judiciaire
Quelles que soient les décisions à venir, le procès en appel de Marine Le Pen confirme une réalité : la présidentielle de 2027 se joue aussi sur le terrain judiciaire. Entre stratégies de défense, calculs politiques et recompositions internes, le RN avance désormais sur une ligne de crête.
Le verdict attendu dans les prochaines semaines ne dira pas seulement le droit. Il pourrait redessiner l’équilibre des forces politiques, accélérer l’émergence d’un nouveau leadership ou, au contraire, relancer pleinement la candidature de Marine Le Pen. Dans tous les cas, l’élection à venir s’annonce déjà comme l’une des plus incertaines et les plus déterminantes de la Ve République.














