Accueil / International / Qu’est-ce que le régime des mollahs en Iran ? Comprendre le fonctionnement de la République islamique

Qu’est-ce que le régime des mollahs en Iran ? Comprendre le fonctionnement de la République islamique

Qu’est-ce que le régime des mollahs en Iran ? Comprendre le fonctionnement de la République islamique

Souvent évoqué dans l’actualité internationale, le “régime des mollahs” désigne le système politique en place en Iran depuis 1979. Mais derrière cette expression médiatique se cache une organisation institutionnelle complexe, mêlant religion et politique. Pour comprendre l’Iran d’aujourd’hui, il faut décrypter les rouages de cette République islamique singulière.


Une expression médiatique qui simplifie une réalité plus complexe

Le terme “régime des mollahs” est fréquemment utilisé dans les médias occidentaux pour désigner le pouvoir iranien. Il renvoie à l’idée d’un gouvernement dominé par des religieux chiites, les mollahs. Mais cette formule, si elle permet d’identifier rapidement la nature théocratique du système, tend aussi à simplifier une architecture institutionnelle beaucoup plus élaborée. L’actualité récente nous amène à nous interroger sur les relations explosives entre l’Iran et le reste du monde.

L’Iran n’est pas officiellement une théocratie pure. Il se définit comme une République islamique, c’est-à-dire un régime qui combine des institutions élues et un encadrement religieux structurant. Ce modèle hybride est né de la révolution iranienne de 1979, qui a renversé le Shah Mohammad Reza Pahlavi et instauré un nouveau système politique sous l’autorité de l’ayatollah Rouhollah Khomeini.

Comprendre ce que recouvre réellement l’expression “régime des mollahs en Iran” suppose donc de revenir aux fondements idéologiques et institutionnels du pays.


1979 : la naissance d’un modèle politico-religieux inédit

La révolution iranienne marque un tournant majeur dans l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. Elle repose sur un principe central développé par l’ayatollah Khomeini : la velayat-e faqih, ou “gouvernement du juriste-théologien”.

Selon cette doctrine, en l’absence de l’imam caché — figure centrale du chiisme — le pouvoir politique doit être exercé par un religieux capable d’interpréter la loi islamique. Ce principe confère une légitimité spirituelle au pouvoir politique.

C’est ainsi qu’est instauré le poste de Guide suprême, la plus haute autorité du pays. Depuis 1989, il est occupé par l’ayatollah Ali Khamenei. Le Guide suprême n’est pas élu au suffrage universel : il est désigné par l’Assemblée des experts, elle-même composée de religieux élus.

Ce système constitue le cœur du régime des mollahs en Iran : un pouvoir politique placé sous tutelle religieuse.


Des institutions élues… sous contrôle

L’une des particularités de la République islamique est l’existence d’élections régulières. Le président de la République iranienne est élu au suffrage universel, tout comme les députés du Parlement (Majlis).

Cependant, ces élections sont encadrées par un organe clé : le Conseil des gardiens. Composé de religieux et de juristes, il a le pouvoir de valider ou d’invalider les candidatures. Il peut également bloquer des lois votées par le Parlement si elles sont jugées contraires à la Constitution ou aux principes islamiques.

Ce mécanisme permet au régime des mollahs en Iran de maintenir un contrôle étroit sur la vie politique. Les candidats jugés trop réformateurs ou critiques envers le système peuvent être exclus du processus électoral.

Ainsi, si le pays connaît des scrutins réguliers, le champ politique reste encadré.


Le rôle central des Gardiens de la Révolution

Un autre pilier du régime iranien est le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (Pasdaran). Créée après 1979, cette organisation militaire parallèle à l’armée classique a pour mission de protéger les valeurs de la révolution.

Avec le temps, les Gardiens de la Révolution sont devenus une puissance économique et stratégique majeure. Ils interviennent dans des secteurs clés comme l’énergie, les télécommunications ou la construction. Ils disposent également d’une influence régionale importante, notamment via leur soutien à des groupes alliés au Liban, en Irak ou en Syrie.

Le régime des mollahs en Iran ne repose donc pas uniquement sur une autorité religieuse, mais aussi sur un appareil sécuritaire et militaire structurant.


Une société traversée par des tensions profondes

Si les institutions semblent solidement établies, la société iranienne est loin d’être homogène. Depuis plusieurs années, des mouvements de contestation émergent régulièrement, dénonçant à la fois les restrictions politiques, les contraintes sociales et la situation économique.

Les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en 2022 ont illustré l’ampleur de ces tensions. Une partie de la jeunesse iranienne aspire à davantage de libertés individuelles et à une ouverture sur le monde.

Le régime des mollahs en Iran doit donc composer avec une population diverse, connectée et parfois critique. La légitimité religieuse ne suffit plus toujours à contenir les aspirations sociales.


Pourquoi ce régime perdure-t-il ?

Malgré les sanctions économiques internationales, les pressions diplomatiques et les mouvements internes de contestation, le régime iranien demeure en place depuis plus de quarante ans.

Plusieurs facteurs expliquent cette stabilité relative :

  • un appareil sécuritaire puissant et structuré ;
  • un contrôle étroit des institutions politiques ;
  • une capacité à mobiliser un discours nationaliste face aux pressions extérieures ;
  • des divisions internes au sein de l’opposition.

Le régime des mollahs en Iran s’appuie également sur une idéologie structurée et sur des réseaux régionaux d’influence qui renforcent sa position stratégique.


Une perception occidentale souvent caricaturale

Dans les médias occidentaux, l’expression “régime des mollahs” tend à résumer l’Iran à une entité monolithique et rigide. Or, la réalité est plus nuancée.

Il existe au sein même du système iranien des courants conservateurs, pragmatiques ou réformateurs. Les débats internes, bien que limités, témoignent d’une dynamique politique plus complexe qu’il n’y paraît.

La simplification médiatique peut parfois masquer les équilibres internes et les évolutions progressives qui traversent le pays.


Un système hybride entre religion, politique et stratégie

En définitive, le régime des mollahs en Iran repose sur un modèle hybride : ni démocratie libérale, ni dictature militaire classique, mais une République islamique combinant élections, contrôle religieux et appareil sécuritaire puissant.

Comprendre ce système suppose d’aller au-delà des formules rapides. Il s’agit d’un régime structuré autour d’une idéologie religieuse, mais aussi d’intérêts économiques, stratégiques et géopolitiques.

À l’heure où l’Iran occupe une place centrale dans les tensions au Moyen-Orient, décrypter son fonctionnement institutionnel permet de mieux saisir les équilibres régionaux et les logiques internes d’un pays souvent réduit à une caricature.

Le “régime des mollahs” n’est pas seulement une formule médiatique : c’est l’expression d’un système politico-religieux complexe, qui continue de façonner l’avenir de l’Iran et son rapport au monde.

Étiquetté :

Abonnez-vous à notre Newsletter

Recevez chaque jour un condensé d'actualité sans compromis décortiquée par notre rédaction.

J'ai lu et accepter les termes et conditions

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *