Société. Les violences physiques enregistrées par la police et la gendarmerie ont augmenté de 7 % en un an. Près de 493 300 victimes apparaissent désormais dans les statistiques. Un chiffre qui semble confirmer l’impression d’une société française de plus en plus violente. Pourtant, dans le même temps, homicides et tentatives d’homicide diminuent de 3 %. Alors, la France est-elle réellement devenue plus violente ? La réponse est beaucoup moins évidente qu’il n’y paraît.
Bagarres entre adolescents, agressions dans les transports, violences conjugales, attaques au couteau, rixes à la sortie d’une discothèque… La succession des faits divers peut donner le sentiment d’une violence devenue omniprésente.
Les dernières statistiques du ministère de l’Intérieur semblent conforter cette impression. Sur les douze mois précédant le 30 juin 2026, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 493 300 victimes de violences physiques, soit une progression de 7 % par rapport à la même période un an plus tôt.
Le chiffre est suffisamment important pour poser une question simple : la société française devient-elle réellement plus violente ?
Pour y répondre, encore faut-il comprendre ce que mesurent ces statistiques.
493 300 victimes de violences physiques enregistrées
Le chiffre publié par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) ne concerne pas uniquement les agressions commises dans la rue.
Parmi les 493 300 victimes enregistrées, 268 600 l’ont été dans un cadre intrafamilial et 224 700 en dehors de la famille.
Le phénomène est d’autant plus remarquable que les deux catégories progressent exactement au même rythme : +7 % sur un an pour les violences intrafamiliales et +7 % pour les autres violences physiques.
La hausse ne peut donc pas être attribuée à un phénomène unique.
Elle ne correspond ni exclusivement aux violences conjugales, ni aux agressions de rue, ni aux violences entre jeunes. Elle agrège des situations extrêmement différentes qui ont pour point commun d’avoir été enregistrées par les forces de sécurité.
Et cette précision — « enregistrées » — change beaucoup de choses.

+7 % de violences enregistrées ne signifie pas nécessairement +7 % de violences commises
Les statistiques de la police et de la gendarmerie ne recensent pas l’intégralité des violences qui se produisent en France.
Elles comptabilisent celles qui arrivent à la connaissance des forces de sécurité et qui donnent lieu à un enregistrement.
Or toutes les victimes ne portent pas plainte.
L’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS), également réalisée par le SSMSI, permet précisément de mesurer cette partie invisible de la délinquance en interrogeant directement la population.
Pour les violences physiques commises hors du cadre familial, les dernières données détaillées disponibles montrent qu’en 2023, environ 1 % des personnes majeures avaient déclaré en avoir été victimes. Parmi elles, seulement une sur cinq avait signalé les faits aux forces de sécurité.
Autrement dit, une grande partie des violences échappe aux statistiques policières.
Cette différence est fondamentale : si davantage de victimes décident de signaler des faits auparavant tus, le nombre de violences enregistrées peut augmenter sans que le nombre réel de violences augmente dans les mêmes proportions.
Les victimes parlent-elles davantage ?
C’est particulièrement important pour les violences commises dans la famille.
Depuis plusieurs années, pouvoirs publics, associations, police et gendarmerie encouragent davantage les victimes à signaler les violences conjugales et intrafamiliales. Les dispositifs d’accueil ont également évolué et certains comportements autrefois tus sont aujourd’hui davantage identifiés comme des violences.
Le SSMSI lui-même invite à tenir compte de ce contexte lorsqu’il analyse l’évolution des statistiques.
Cela ne signifie évidemment pas que l’augmentation serait artificielle.
Cela signifie simplement qu’une statistique d’enregistrement mesure deux phénomènes simultanément : l’évolution des violences et l’évolution de leur révélation aux autorités.
Distinguer les deux est beaucoup plus difficile.
La hausse ne date pas de 2026
Le +7 % enregistré cette année n’est d’ailleurs pas une rupture totale avec les années précédentes.
En 2025, 472 400 victimes de violences physiques avaient été enregistrées, soit déjà une hausse de 5 % en un an. Depuis 2016, leur nombre a progressé en moyenne d’environ 6 % par an.
Mais les évolutions sont très différentes selon le type de violence.
Sur cette période, les violences physiques intrafamiliales ont augmenté beaucoup plus rapidement que les violences commises hors du cadre familial.
En 2024, par exemple, les violences physiques hors cadre familial étaient pratiquement stables, à 205 500 victimes enregistrées. Elles avaient alors reculé de 0,2 % après trois années de hausse.
Il n’existe donc pas une courbe unique permettant de raconter simplement « l’explosion de la violence ».
Un autre chiffre vient brouiller le tableau : les homicides diminuent
Si la France devenait uniformément plus violente, on pourrait s’attendre à retrouver cette progression dans les formes les plus graves de violence.
Or ce n’est pas ce que montrent les données à mi-2026.
Sur douze mois, 977 victimes d’homicide ont été enregistrées, soit une baisse de 3 %.
Les tentatives d’homicide reculent elles aussi de 3 %, avec 4 422 victimes enregistrées.
Dans le même temps, les violences physiques progressent de 7 %.
Ce paradoxe apparent montre surtout les limites d’une expression comme « la violence augmente ».
Quelle violence ?
Une gifle dans un contexte familial, des coups lors d’une bagarre, une agression avec incapacité de travail et une tentative d’homicide appartiennent toutes à l’univers statistique des violences contre les personnes, mais elles ne racontent évidemment pas la même réalité.
Les additionner ou observer leur évolution sans distinguer leur gravité peut produire une image trompeuse.
Et les chiffres les plus récents ne montrent pas encore d’accalmie
La publication du 30 septembre n’est d’ailleurs déjà plus la dernière photographie disponible.
Le SSMSI a publié ce 6 octobre ses données conjoncturelles arrêtées à fin septembre 2026.
Elles montrent que les violences physiques hors cadre familial ont encore progressé de 7 % au seul mois de septembre par rapport au mois précédent, en données corrigées des variations saisonnières.
Sur les trois derniers mois, ce sont cette fois les violences physiques intrafamiliales qui enregistrent la plus forte hausse parmi les principaux indicateurs suivis : +7 % par rapport aux trois mois précédents.
Le signal statistique existe donc bien.
La question consiste à déterminer ce qu’il signifie.
Peut-on alors savoir si la France est réellement plus violente ?
Pas avec un seul indicateur.
Les données policières sont indispensables parce qu’elles permettent de suivre précisément les faits portés à la connaissance des autorités. Mais elles doivent être confrontées aux enquêtes de victimation, qui interrogent directement la population indépendamment du dépôt d’une plainte.
Ces deux instruments ne mesurent pas exactement la même chose.
Une hausse parallèle des violences déclarées par les Français dans les enquêtes de victimation et des violences enregistrées par les forces de sécurité constituerait un signal beaucoup plus solide d’une augmentation réelle.
À l’inverse, une forte progression des plaintes accompagnée d’une stabilité des violences déclarées par la population suggérerait qu’une partie de la hausse provient davantage d’une évolution du comportement des victimes.
C’est précisément pour cette raison que le SSMSI utilise les deux approches.
Le fait divers ajoute encore une autre dimension : notre perception
Reste enfin une troisième mesure, beaucoup plus difficile à quantifier : notre exposition à la violence.
Une agression particulièrement spectaculaire peut être filmée par plusieurs téléphones, publiée sur les réseaux sociaux, reprise par des dizaines de comptes puis commentée pendant plusieurs jours dans les médias.
Un seul événement peut ainsi être vu des millions de fois.
Jamais nous n’avons probablement eu accès à autant d’images de violences commises partout sur le territoire.
Cela ne signifie pas que ces violences n’existent pas. Mais leur visibilité peut évoluer beaucoup plus rapidement que leur fréquence réelle.
À l’inverse, certaines violences extrêmement nombreuses restent presque invisibles parce qu’elles se déroulent à huis clos, notamment dans le cadre familial.
Notre perception de la violence dépend donc à la fois de ce qui se produit, de ce qui est signalé et de ce qui nous est montré.
Une France plus violente ? Le +7 % ne suffit pas pour répondre
Les nouvelles données du ministère de l’Intérieur ne permettent donc ni de balayer l’inquiétude ni de conclure que la France connaîtrait mécaniquement une explosion générale de la violence.
Elles montrent quelque chose de plus précis : les forces de sécurité enregistrent nettement plus de victimes de violences physiques qu’il y a un an, et cette progression concerne aussi bien la sphère familiale que les violences commises en dehors de celle-ci.
C’est un signal important.
Mais d’autres indicateurs racontent simultanément une évolution différente : homicides et tentatives d’homicide reculent de 3 %, tandis que certaines formes de délinquance contre les biens diminuent fortement.
La France n’est donc pas confrontée à une évolution uniforme de « la violence ».
Certaines violences progressent, d’autres reculent. Certaines sont davantage signalées qu’autrefois. D’autres restent largement sous-déclarées. Et les réseaux sociaux rendent désormais visibles des événements qui, il y a vingt ans, seraient restés cantonnés à quelques lignes dans un journal local.
La vraie question n’est peut-être donc pas seulement de savoir si « la France devient plus violente ».
Elle consiste à comprendre quelles violences augmentent réellement, lesquelles deviennent davantage visibles et lesquelles sont simplement mieux enregistrées qu’hier.
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Sources utiles
SSMSI — La délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales : point à mi-année 2026. Source principale de l’article. Elle fournit les 493 300 victimes de violences physiques, la progression de 7 %, la distinction familial/hors famille et l’évolution des homicides. Portail de la statistique publique
Consulter l’étude du SSMSI du 30 septembre 2026
SSMSI — Interstats Conjoncture n°133, octobre 2026. Publiée le 6 octobre, cette étude permet d’actualiser l’article jusqu’à fin septembre 2026 et montre que les indicateurs de violences physiques continuent d’évoluer à la hausse. Portail de la statistique publique
Consulter Interstats Conjoncture d’octobre 2026
SSMSI — Enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (VRS). Elle explique pourquoi les enquêtes de victimation complètent les statistiques policières : elles interrogent directement la population et incluent donc des faits n’ayant pas donné lieu à une plainte. Portail de la statistique publique
Comprendre l’enquête VRS
SSMSI — Victimes de violences physiques hors cadre familial. Cette étude permet notamment d’établir qu’en 2023 environ 1 % des majeurs déclaraient avoir subi ce type de violence et qu’environ une victime sur cinq seulement avait signalé les faits aux services de sécurité. Portail de la statistique publique
Consulter l’étude sur les violences hors cadre familial
SSMSI — Insécurité et délinquance en 2025, édition 2026. Utile pour replacer le +7 % actuel dans une série plus longue : +5 % en 2025 et environ +6 % par an en moyenne depuis 2016. Portail de la statistique publique
Consulter le bilan statistique 2025 publié en 2026














