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Les plus grands secrets de tournage de l’histoire du cinéma, quand les accidents ont créé des scènes cultes

Les plus grands secrets de tournage de l’histoire du cinéma : quand les accidents ont créé des scènes cultes

Un requin qui refuse de fonctionner, un acteur malade qui transforme une scène d’action, une réplique improvisée devenue mythique, des blessures conservées au montage… Derrière certains des plus grands films de l’histoire du cinéma se cachent des tournages chaotiques. Accidents, bricolages et imprévus ont parfois donné naissance aux scènes que nous connaissons tous. Voici les histoires qui montrent que le cinéma est aussi l’art de transformer une catastrophe en idée de génie.

Les grands films ne se tournent presque jamais comme prévu

Lorsque nous regardons aujourd’hui Les Dents de la mer, Alien, Indiana Jones ou Le Seigneur des anneaux, chaque plan semble avoir été méticuleusement imaginé par son réalisateur. C’est en partie vrai. Mais l’histoire du cinéma est également remplie d’accidents, de problèmes techniques, d’acteurs malades, de décors bricolés et d’improvisations. Certaines scènes mythiques n’auraient même jamais dû exister sous la forme que nous connaissons.

C’est peut-être l’un des plus grands secrets de tournage du cinéma : contrairement à l’image d’une industrie capable de tout contrôler, un plateau reste un endroit où des centaines de paramètres peuvent dérailler simultanément. Et les plus grands réalisateurs ne sont pas nécessairement ceux auxquels rien n’arrive. Ce sont parfois ceux qui savent transformer un problème en solution.

Les Dents de la mer : le requin qui ne fonctionnait pas a sauvé le film

C’est probablement l’une des plus belles catastrophes de l’histoire du cinéma. En 1974, Steven Spielberg n’a que 27 ans lorsqu’il se lance dans le tournage de Jaws, qui deviendra en France Les Dents de la mer. Son idée est ambitieuse : contrairement aux habitudes hollywoodiennes, il veut tourner en pleine mer pour donner au film un réalisme inédit.

Trois requins mécaniques sont construits. Ils sont gigantesques et bourrés de mécanismes pneumatiques. Mais une fois plongés dans l’océan Atlantique, les ennuis commencent. Tuyaux défaillants, mécanismes bloqués, problèmes liés aux marées : le requin fonctionne si mal que l’équipe peut parfois attendre sept ou huit heures pour réaliser seulement quelques plans. Spielberg expliquera des décennies plus tard que personne n’avait réellement anticipé à quel point tourner en pleine mer serait difficile.

Le réalisateur se retrouve face à un problème considérable : comment tourner un film de requin lorsque le requin ne peut quasiment pas être filmé ? La solution va changer l’histoire du cinéma.

Spielberg commence à suggérer sa présence plutôt qu’à la montrer. Une nageoire, des tonneaux jaunes entraînés sous l’eau, une caméra subjective accompagnée de la musique de John Williams suffisent à faire comprendre au spectateur que le prédateur est là.

Le problème technique devient un principe de mise en scène. Spielberg reconnaîtra lui-même que les défaillances du requin l’ont poussé vers une approche plus proche d’Alfred Hitchcock : moins montrer pour davantage inquiéter. Les Dents de la mer devient un immense succès et contribue à inventer le blockbuster moderne. Si le requin mécanique avait parfaitement fonctionné, le film aurait peut-être été beaucoup moins effrayant.

Bande annonce du premier opus de JAWS ou Dents de la Mer en français

Indiana Jones : Harrison Ford était malade… et une scène culte est née

Dans Les Aventuriers de l’arche perdue, Indiana Jones se retrouve face à un imposant adversaire maniant spectaculairement son sabre dans les rues du Caire. Le spectateur s’attend à un long combat. Indiana Jones observe son adversaire quelques secondes, sort son revolver et lui tire dessus. Fin du combat.

Cette scène résume aujourd’hui à elle seule l’humour du personnage. Pourtant, elle devait initialement être complètement différente.

Un véritable combat entre le fouet d’Indiana Jones et le sabre de son adversaire avait été préparé. La séquence devait demander environ une journée et demie de tournage. Mais lors du tournage en Tunisie, une partie de l’équipe tombe malade et Harrison Ford souffre notamment de dysenterie.

L’acteur n’a aucune envie de passer des heures à tourner un combat physique compliqué. L’idée de raccourcir radicalement la scène s’impose : pourquoi combattre au fouet lorsque le personnage possède un revolver ? Quelques secondes remplacent une longue chorégraphie. Le gag devient l’une des scènes les plus célèbres de toute la saga.

Bande annonce du film Indiana Jones Les aventuriers de l’arche perdue

Alien : les acteurs savaient… mais pas complètement

Autre scène entrée dans l’histoire : le fameux « chestburster » d’Alien. Les membres de l’équipage prennent tranquillement leur repas lorsque Kane, interprété par John Hurt, commence brutalement à convulser. Une créature finit par jaillir de sa poitrine dans un déluge de sang.

Une légende s’est progressivement installée : les acteurs n’auraient rien su de ce qui allait se produire et leurs réactions seraient totalement authentiques. La réalité est plus intéressante.

Les comédiens savaient qu’une créature devait sortir de la poitrine de John Hurt et avaient vu la marionnette. En revanche, ils n’avaient pas été précisément prévenus de la quantité de faux sang qui allait être projetée dans leur direction grâce à des systèmes sous pression. Le résultat est spectaculaire.

La surprise visible à l’écran mélange donc jeu d’acteur et véritable réaction face à une mise en scène dont les détails avaient volontairement été dissimulés. Ridley Scott venait de créer l’une des scènes les plus traumatisantes de la science-fiction.

Bande annonce du premier opus d’Alien de Ridley Scott

Le Seigneur des anneaux : le cri d’Aragorn était bien réel

Les bonus et making-of du Seigneur des anneaux ont contribué à rendre cette histoire presque aussi célèbre que le film lui-même. Dans Les Deux Tours, Aragorn, Legolas et Gimli découvrent les restes d’un groupe d’Uruk-hai. Pensant que Merry et Pippin sont morts, Aragorn frappe violemment un casque avant de s’effondrer en poussant un cri. Viggo Mortensen ne joue pas totalement la douleur.

En frappant le casque, l’acteur se fracture deux orteils. Le cri entendu dans le film est donc en partie provoqué par une véritable blessure. Peter Jackson décide de conserver la prise. Mortensen n’est d’ailleurs pas le seul à souffrir pendant le tournage. Orlando Bloom se fracture plusieurs côtes après une chute de cheval et Brett Beattie, doublure de John Rhys-Davies, se démet un genou. Les personnages paraissent épuisés à l’écran. Pour une fois, les acteurs le sont presque autant.

Bande annonce du premier film de la trilogie du Seigneur des Anneaux.

Shining : quand la recherche de perfection devient une épreuve

Les secrets de tournage sont parfois beaucoup moins amusants. Stanley Kubrick est célèbre pour avoir multiplié les prises afin d’obtenir exactement ce qu’il recherchait. Shining est devenu le symbole de cette méthode.

La scène où Wendy recule dans l’escalier en tenant une batte de baseball face à Jack Nicholson aurait longtemps détenu un record avec 127 prises. Ce chiffre précis est toutefois aujourd’hui contesté par certains historiens du film : un bon exemple de ces légendes de tournage qui finissent par se confondre avec la réalité.

Une chose est en revanche certaine : Shelley Duvall a vécu un tournage extrêmement éprouvant. Le perfectionnisme de Kubrick, les répétitions et la multiplication des prises ont contribué à créer cette sensation d’épuisement et de panique qui traverse le personnage de Wendy.

Cela pose aujourd’hui une question beaucoup moins romantique : jusqu’où un réalisateur peut-il aller pour obtenir une performance ? Les méthodes autrefois racontées comme des preuves du génie d’un cinéaste sont désormais regardées avec beaucoup plus de distance.

Bande annonce de Shining, l’un des film culte du cinéma américain

« Here’s Johnny ! » : la phrase la plus célèbre de Shining n’était pas prévue

Le même film fournit pourtant une anecdote beaucoup plus légère. Lorsque Jack Nicholson fracasse une porte à coups de hache et passe son visage dans l’ouverture, il lance son désormais célèbre « Here’s Johnny! ». La réplique est improvisée. Nicholson fait référence à la formule utilisée pour présenter Johnny Carson dans The Tonight Show, extrêmement connue des téléspectateurs américains de l’époque.

Kubrick, qui vivait depuis longtemps au Royaume-Uni, n’aurait même pas immédiatement saisi la référence et aurait failli choisir une autre prise. L’une des phrases les plus célèbres de l’histoire du cinéma aurait donc parfaitement pu terminer sur le sol de la salle de montage.

Macadam Cowboy : « I’m walkin’ here! », l’improvisation qui fait encore débat

Dustin Hoffman et Jon Voight traversent une rue de New York pendant le tournage de Macadam Cowboy. Un taxi manque de renverser Hoffman, qui frappe sur la carrosserie et lance son célèbre : « I’m walkin’ here! » Pendant des décennies, Dustin Hoffman a raconté qu’il s’agissait d’un véritable taxi ayant perturbé le tournage et qu’il avait improvisé sa réaction tout en restant dans son personnage.

L’histoire est devenue l’une des anecdotes les plus célèbres d’Hollywood. Sauf qu’elle est aujourd’hui discutée. Des recherches sur les différentes versions du scénario montrent que l’interaction avec le taxi était au moins partiellement prévue. La réplique elle-même semble en revanche avoir été improvisée ou modifiée par Hoffman.

Cette histoire révèle un autre secret fascinant du cinéma : les légendes de tournage deviennent parfois meilleures que la réalité. À force d’être répétées pendant cinquante ans, certaines anecdotes finissent par devenir presque impossibles à démêler.

Le Magicien d’Oz : derrière la féerie, un tournage qui serait inimaginable aujourd’hui

Certains classiques hollywoodiens cachent également une réalité beaucoup plus sombre. Le tournage du Magicien d’Oz, sorti en 1939, est devenu célèbre pour ses conditions de production particulièrement difficiles. Margaret Hamilton, qui incarne la Méchante Sorcière de l’Ouest, doit disparaître dans une trappe au milieu d’effets pyrotechniques. Lors d’une prise, les flammes sont déclenchées trop tôt.

L’actrice est sérieusement brûlée au visage et à la main. Elle devra s’absenter plusieurs semaines avant de reprendre le tournage et refusera ensuite de participer à certains effets utilisant du feu.

D’autres éléments de la production témoignent des normes de sécurité très différentes de celles d’aujourd’hui. Derrière les couleurs éclatantes et l’univers merveilleux du film se cachait une industrie où la protection des acteurs et techniciens était encore extrêmement rudimentaire.

Bande annonce du Magicien d’Oz

Apocalypse Now : lorsque le tournage devient presque aussi fou que le film

Difficile d’évoquer les tournages chaotiques sans parler d’Apocalypse Now. Francis Ford Coppola part tourner aux Philippines un projet déjà extraordinairement ambitieux. Ce qui devait être un tournage maîtrisable se transforme progressivement en aventure hors de contrôle.

La météo détruit des décors. Le budget explose. Martin Sheen subit de graves problèmes de santé. Marlon Brando arrive avec une apparence très différente de celle anticipée par la production, obligeant Coppola à repenser la manière de filmer le colonel Kurtz. Le réalisateur lui-même est soumis à une pression considérable.

Le documentaire Hearts of Darkness, réalisé notamment à partir des images tournées par Eleanor Coppola, montrera plus tard à quel point la fabrication du film avait parfois ressemblé au voyage vers la folie raconté par le scénario. Le chaos du tournage finit paradoxalement par nourrir celui du film.

Bande annonce d’Apocalypse Now

Star Wars : quand le manque d’argent oblige à inventer un univers

Les grands secrets de tournage ne sont pas tous des accidents. Certains sont simplement des bricolages extraordinairement ingénieux. Lors du premier Star Wars, George Lucas ne dispose évidemment pas des technologies numériques qui permettront des décennies plus tard de créer presque n’importe quel univers. Les équipes doivent donc fabriquer une galaxie entière à partir de maquettes, de peintures, de mécanismes et d’objets existants détournés.

Les accessoires de science-fiction sont souvent construits à partir de pièces industrielles, militaires ou photographiques réelles. Les sabres laser utilisent notamment comme base des poignées de flash d’anciens appareils photographiques. C’est précisément ce mélange d’objets familiers et de transformation artisanale qui contribue à donner à l’univers de Star Wars son apparence si particulière : celle d’un futur déjà vieux, utilisé et réparé. Le manque de moyens devient ici une esthétique.

Bande annonce de Star War épisode IV

Titanic : James Cameron voulait que le spectateur ressente le froid

Lorsque James Cameron tourne Titanic, il dispose cette fois de moyens considérables. Mais le réalisateur cherche constamment à repousser les limites du réalisme. Une partie gigantesque du navire est reconstruite et les scènes finales nécessitent des quantités considérables d’eau.

Kate Winslet racontera notamment les difficultés physiques du tournage aquatique. Le travail dans l’eau froide, les longues journées et les cascades font de certaines séquences une véritable épreuve.Là encore, le résultat à l’écran doit beaucoup à la volonté du réalisateur de placer ses acteurs dans des conditions permettant au spectateur de ressentir physiquement la catastrophe.

La frontière entre réalisme et sécurité des interprètes est toutefois devenue depuis beaucoup plus encadrée.

Bande annonce de Titanic

Pourquoi adorons-nous autant les secrets de tournage ?

Ces histoires fascinent parce qu’elles détruisent momentanément l’illusion du cinéma. Nous découvrons qu’une scène que nous pensions parfaitement calculée est née parce qu’un acteur avait mal au ventre. Qu’un chef-d’œuvre du suspense doit une partie de son esthétique à un requin mécanique défaillant. Qu’un cri bouleversant correspond à un acteur qui vient réellement de se casser les orteils.

Le cinéma fonctionne précisément parce que nous oublions pendant deux heures qu’une caméra, des techniciens et des dizaines de personnes se trouvent juste derrière l’image. Les secrets de tournage nous permettent de regarder de l’autre côté du décor. Mais ils révèlent aussi quelque chose de plus profond sur la création.

Les accidents font-ils parfois les grands films ?

Un tournage représente une organisation gigantesque destinée à éliminer au maximum l’imprévu. Pourtant, quelques-unes des scènes les plus mémorables de l’histoire du cinéma sont précisément nées de cet imprévu.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait provoquer des accidents ou glorifier des conditions de travail dangereuses. Plusieurs histoires de l’âge d’or hollywoodien seraient d’ailleurs totalement inacceptables selon les standards actuels.

Mais l’imprévu possède une qualité qu’aucun storyboard ne peut entièrement anticiper : il oblige à inventer.

Spielberg aurait pu attendre que son requin fonctionne. Il a décidé de ne plus le montrer. Harrison Ford aurait pu repousser son combat. Il l’a transformé en gag. Peter Jackson aurait pu interrompre sa prise lorsque Viggo Mortensen s’est blessé. L’émotion du moment s’est retrouvée dans le film.

C’est peut-être finalement le plus grand secret de tournage de l’histoire du cinéma : les chefs-d’œuvre ne naissent pas toujours lorsque tout se déroule comme prévu. Ils naissent parfois au moment précis où tout commence à mal tourner.

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Sources utiles

Pour Les Dents de la mer, Steven Spielberg est revenu longuement sur les difficultés du tournage et les pannes du requin mécanique dans un entretien publié par Vanity Fair – Steven Spielberg raconte le tournage de Jaws. Turner Classic Movies – Behind the Camera: Jaws détaille également la fabrication des trois requins mécaniques et leurs problèmes en mer.

L’histoire du duel écourté d’Indiana Jones est notamment documentée par The Independent – Les secrets des Aventuriers de l’arche perdue, tandis que les informations concernant Alien, Shining et Le Seigneur des anneaux doivent être maniées avec une précaution particulière, car plusieurs anecdotes célèbres ont été amplifiées au fil des années.

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